Népal

Everest - L’ascension

19 avril 2019

N’ayant pas eu internet de manière significative, préparez vous à un long article résumant le challenge d’une vie (du moins la mienne) sur ces deux dernières semaines : l’ascension du camp de base de l’Everest en passant par le point le plus élevé du trek (Kala Pather à 5600m) au départ de Lukla (2800m) dans des conditions relativement extrêmes.

Je vais essayer de synthétiser un minimum.

Pour les impatients, rendez vous en bas de l’article pour une vidéo d’une quinzaine de minutes reprenant la majorité de l’ascension.

  1. Se rendre à Lukla, point de départ de « l’Everest Base Camp Trek »
  1. Le trajet
  2. La vie en trek
  3. Le trek
  4. Le sommet
  5. La Vidéo

1- LUKLA, PIRE AÉROPORT

L’aéroport de Lukla est le point d’entrée du trek du camp de base de l’Everest, situé à 2800 mètres d’altitude.

Considéré depuis longtemps comme l’aéroport le plus dangereux du monde, il n’y a pas moins d’un crash d’avion par an, en raison d’une courte piste (500m), inclinée de 12 degré, à flanc de montagne, rendant impossible toute marge de manœuvre en cas d’erreur. Un slogan (véridique) : « Crash it or land it ». Rassurant comme tout !

Par ailleurs, pas de tour de contrôle, tout se fait donc au jugé par le pilote. C’est pour cela qu’il est nécessaire que les conditions climatiques au départ et à l’arrivée soient impeccables.

L'atterrissage est particulièrement surprenant (comme vous pourrez le voir dans la vidéo) car on a alors l'étrange sensation de rentrer dans la montagne...

Près de 10 jours après mon atterrissage, il y eut d’ailleurs un accident mortel (3 morts) impliquant un avion de la compagnie que j’avais choisi...!

2- LE TRAJET

Le tracé de randonnée est relativement simple, très balisé (sauf en altitude) et emprunté par de nombreux marcheurs chaque année, en quête de sensations. Il n’est ainsi absolument pas nécessaire de s’armer d’un guide ou d’un Sherpa pour ces 15 jours.

Deux composantes importantes :

  • Ne pas dépasser les 500 mètres de dénivelé positif par jour afin d’éviter le fameux mal des montagnes (ou mal de l’altitude) caractérisé par de terribles maux de tête, vertiges et autres nausées passagères. Si tel est le cas, il faut alors redescendre rapidement et opter pour une journée d’acclimatation supplémentaire.
  • Connaître le niveau d’oxygène de l’altitude à laquelle on se trouve (au sommet du trek, le niveau est divisé par deux !)

3- LA VIE EN TREK

Elle est tout simplement géniale ! Éreintante certes, mais geniallissime !

Premièrement, on y rencontre un nombre incalculable de personnes, que ce soit dans l’avion au départ de Kathmandu, sur les pistes, ou lors des palliers d’acclimatation où s’échangent les conseils entre ceux qui montent et ceux qui descendent. La première question lorsqu’on rencontre un randonneur est d’ailleurs « are you going up or down ? » et s’en suit alors un partage d’expérience fort enrichissant.

C’est grâce à ces échanges incessants que l’on se met à préparer son itinéraire de manière plus précise.

J’ai ainsi rencontré l’australien Wade, sauveteur en hélicoptère (un grand malade), le belge Harold, qui du haut de ses 19 ans avait déjà escaladé le Cholatsé à 6600m d’altitude, les français Chloé et Clement avec qui j’ai réalisé mon acclimation à Namche Bazar et enfin l’anglais Callum avec qui nous avons partagé la dernière journée (la pire).

Galerie · 4 photos

Par la suite, on doit s’habituer aux lodges ou « tea houses » reparties environ toutes les deux heures de marche (sauf altitude) dans des villages plus ou moins grand.

Pour faire court : on oublie la douche pour les 15 prochains jours car non seulement il fait froid (jusqu’à -12 dans la chambre) mais elle est payante. On retrouve alors sa dignité avec des lingettes humides que l’on applique avec plus ou moins de rigueur en fonction de la fatigue.

On regrette les toilettes européennes car un trou dans le sol n’est pas la chose la plus agréable au réveil, surtout lorsqu’on est en proie au froid.

Les prix, quant à eux, grimpent proportionnellement à l’altitude à laquelle on se trouve (prix de la chambre, nourriture, besoins de base...). Et tout se monnaye : de l’eau chaude à la douche en passant par la recharge du téléphone portable.

On remercie alors son nouveau meilleur ami : le sac de couchage -15. Malgré la chaleur réconfortante que celui-ci nous apporte, il ne nous sera d’aucune utilité lorsque, vers 2h du matin et toutes les heures, le corps se réveille en panique à la recherche d’une inspiration profonde qu’il ne trouvera pas, l’oxygène n’étant pas suffisamment présent !

4- LE TREK

Le trek débute donc de Lukla (2800m) pour finir au sommet du Kala Pather (5600m). Comme vu dans le point 2, on réalise quelques arrêts ainsi qu’une à deux journées d’acclimatation pour éviter le mal de l’altitude (qui peut commencer au delà de 3000m).

La première marche, après être fraîchement sorti de l’avion, ne dure que 3 heures et met rapidement dans l’ambiance. Les bâtons de marche deviendront mes meilleurs amis pour les jours à venir, et la cigarette ma pire ennemie (jusqu’à notre divorce au sommet pour quelques jours).

On est rapidement surpris par le nombre de yaks présents sur les chemins de randonnées, ainsi que des sherpas qui nous remettent les idées en place quant à la difficulté du trek. Comment puis je me plaindre (mais je le ferai !) avec mon sac de 9 kg et mes bâtons de marche, face à cet homme de 20 à 60 ans, le dos plié en deux par cette charge allant jusqu’à 100 kg....

Galerie · 4 photos

Avec le recul, la première marche est absolument ridicule. Mais le manque de sport, doublé de quelques cigarettes quotidiennes, triplé d’une méconnaissance totale de la randonnée ont eu raison de moi. Et je ne pensais alors pas que j’aurai suffisamment de force mentale pour atteindre le sommet.

Les jours qui suivent se ressemblent. On marche entre 6h par jour au début et 10h par jour à la fin. L’obsession du sommet devient pesante, les discussions dans les lodges ne tournent qu’autour de ça et la bienveillance entre randonneurs se fait vite ressentir. Tout le monde partage un unique objectif, et tout le monde n’y parviendra pas. Néanmoins, nous somme tous égaux devant -15 et la difficulté grandissante de respirer ....

Le froid, la neige, l’oxygène raréfié, le confort inexistant, la nourriture immangeable, le mal des montagnes.... je ne sais ni comment, ni pourquoi, mais dans une sorte de sado masochisme de l’esprit, on s’y fait !

Évidement la récompense est là : le chemin est parsemé de paysages de montagnes absolument magnifiques.

Galerie · 13 photos

5 - LE SOMMET & LE LENDEMAIN

Après des journées interminables, des pieds en feu, un dos meurtri, des épaules lassées, un esprit qui ne fonctionne plus, j’arrive dans la ville de Lobuche (4900m).

Reste la dernière étape, l’ultime réalisation du randonneur : le sommet ! Pour cela, il faut être présent de bon matin afin d’éviter les déconvenues météorologiques.

Et comme chaque début de journée, je me suis réveillé vers 5h.

Lobuche -> Gorak Shep (5100m) : 3 heures de marche.

Gorak Shep -> Sommet du Kala Pather (5600m) : 3 heures de marche.

Chaque pas est un fardeau, chaque muscle utilisé est une torture. L’oxygène est si peu présent qu’il m’est impossible de boire dans ma gourde sans chercher d’emblée à respirer immédiatement.

Plus j’avance et plus le sommet me semble à la fois près et loin. Près car ce dernier est dans mon champ de vision. Loin car j’avance entre 0.2 et 0.5 km/h (la vitesse moyenne en altitude vers 3-4.000 est de l’ordre de 1 km/h avec de tels dénivelés). Le tracé des chemins de randonnées a fait place à de la terre qui elle-même a finit par faire place sur les derniers 50 mètres à des pierres, demandant de ne plus marcher mais de presque escalader.

Après avoir failli abandonner une douzaine de fois, j’y suis arrivé. Ça y est, c’est la fin (ce que je pensais à ce moment là), j’ai atteint mon objectif ! J’ai réalisé ce que je souhaitais ! J’ai une petite vue sur les toits du monde ! Le vent gifle mon visage et un randonneur expérimenté me recommande de ne pas me reposer ici au risque de m’endormir. Des larmes de soulagement coulent, la pression de ces derniers jours s’évapore, l’épuisement fait place au relâchement.... pardonnez ce mot mais.... « PUTAIN » je l’ai fait !

Galerie · 2 photos

Je pensais alors que c’était fini, mais j’étais loin d’imaginer que le mal de l’altitude allait me tomber dessus comme le Marchand de sable sur un bambin aux yeux à moitié fermés.

Le trajet du retour aurait dû se faire en 3 jours. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai décidé de suivre une personne (l’anglais Callum rencontré la veille) qui souhaitait pour sa part le faire en une fois.

11 heures de marche ! 11 heures de marche en commençant par de vastes espaces enneigés, crampons aux pieds et bâtons de marche, cherchant à tâtons notre chemin.... 11 heures de marche qui se sont finies à Namche via l’emprunt d’un escalier venu du ciel (et ce n’est pas une allégorie). Sinon j’aurai encore fait référence à l’enfer : un nuage, 450 mètres de hauteur, pas de visu à gauche ou à droite (en l’occurrence le vide), on ne distingue plus rien après 10 mètres et le tout est gelé... ça nous a pris près d’une heure pour descendre cette création diabolique...

Mais qu’est ce que nous étions heureux d’arriver après ces 11 heures de marche !!!

Je pourrai encore écrire des lignes et des lignes mais au risque de vous perdre, voici l’aventure complète en vidéo.

6 - LA VIDÉO

Pour les plus pressés d’entre vous, l’atteinte du sommet est à 6:25 de la seconde vidéo.

Je vous demanderai de pardonner l'utilisation intempestive d'un certain vocabulaire, la joie, l'adrénaline et le relâchement ayant pris le pas sur le bon fonctionnement de mon cerveau !

Pour ma part, je vais désormais chercher un salon de massage afin de calmer mon corps tout usé puis dormir 72h...

À bientôt !

Népal · 19 avril 2019