Un bel échec. Au sens littéral du terme, un bel échec. Voilà comment je qualifierai ces jours passés au sein du somptueux parc national Torres del Paine (Chili).

Beau premièrement. Le trek le plus magnifique de ma vie, des paysages à couper le souffle, la Patagonie dans toute sa splendeur, je n’aurai assez d’hyperboles et de superlatifs pour qualifier cette expérience.
Échec dans un second temps. D’une part pour ne pas avoir complété en totalité le fameux trek W, d’autre part pour les nombreux problèmes survenus lors de cette randonnée.
Partis de Calafate en bus pour Puerto Natales, ville de départ pour l’entrée du parc national, nous avons mis un certain temps à trouver notre hostel, le 53 SUR, dans lequel nous passerions plus d’une semaine.


Première étape, la préparation du trek et la recherche d’équipement. Nous tombions ainsi sur le tenancier de l’erratic rock, Georges, deux mètres de corpulence américaine venue d’Orlando vingt ans plus tôt afin d’être l’un des pionniers hôteliers de la ville. Nous repartions sur ses bons conseils avec une tente, sacs de couchage grand froid, des tapis de sol, un réchaud etc...
La panoplie du petit campeur étant désormais complète, nous pouvions analyser la carte du trek.

70-80 kilomètres à faire en 5 jours pour les inexpérimentés ou ceux souhaitant prendre leur temps, 4 jours en moyenne ou 3 jours pour les hargneux sportifs, ceux n’ayant pas de temps à perdre ou tout simplement nous, basiques marcheurs sans expérience ayant le besoin de respecter une fenêtre météo !
Nous décidions d’entamer le W par l’est et ses fameuses tours « Las Torres » pour finir par le glacier Grey avant d’embarquer dans ce que les chiliens appellent un catamaran. Tout n’allait pas exactement se passer comme nous l’avions prévu.
Première journée : Las Torres. 4 heures 30 de marche et 13 kilomètres. J’ai amèrement regretté la malbouffe des derniers jours, les clopes, la bière. J’ai surtout regretté que les deux bâtons de marche se pètent dès les premiers kilomètres...





Et puis arrivé en haut après un insupportable dénivelé tout en caillasses, les fameuses torres ! A la hauteur de ce à quoi on s’attendait.






Le premier soir, sans avoir réservé d’emplacement de camping, nous bénéficiions d’une plateforme avec tente et dégustions nos sandwich thon mayonnaise savamment préparés . Je décidais alors d’agrémenter tout ça d’une fraîche bière bien méritée.

Le lendemain matin, nous décidions de décoller à 4 heures. Ce fut l’occasion de découvrir un peu plus mon appareil en m’essayant à des premières photos de nuit légèrement ratés (complètement même !)




Lampe torche vissée sur le front, sac de 18 kilos sur le dos, courbatures de la veille, c’était parti pour une deuxième journée : 27,4 kilomètres et 13 heures de marche. Je dois admettre que Mayou, malgré sa hanche, sa clavicule, son genou et sa cheville, me mettait allègrement une à deux heures de marche dans la vue... l’essentiel étant d’admirer le paysage et de se retrouver dans ses pensées, je pouvais profiter de l’aube naissante pour réaliser quelques clichés.





Et puis ce fut le drame. Alors que nous nous arrêtions quelques minutes sur un rocher pour se rafraîchir et reposer nos épaules meurtries par les lanières de nos sacs, je me suis totalement évadé intérieurement. Parti dans mes pensées, et donc dans une totale inattention, je repartais en randonnée, laissant derrière moi, jonché sur le sol de terre rouge, mon appareil photo. Ce ne fut qu’un kilomètre et six cents mètres plus tard (soit 30 minutes) que je m’en aperçu....mais le mal était fait ! Pendant que je courais vainement dans la direction opposée, les sacs restaient sous la surveillance de Mayou pendant près d’une heure.
Je m’imaginais déjà en train d’écrire un ultime article photo, expliquant ma bêtise et renonçant aux souvenirs digitaux, décidant de poursuivre mon périple avec une philosophie différente... c’était sans compter sur l’honnêteté de ce couple de randonneurs australiens ! L’ayant aperçu sur leur trajet, ces derniers l’ont pris en photo avant de l’envoyer par mail aux refuges environnants. Coup de bol, notre direction était commune ! Ma mère vous dira que les gens sont bons. Ne partageant pas sa vision d’humaniste gentille, je me contenterai d’améliorer ma pensée en me cantonnant au milieu de la randonnée :)






Épuisé, je retrouvais Mayou au campement Italiano, sorte de spot désaffecté dans lequel nous dormirions le soir même.



Ma compagne de rando m’ayant attendu, nous avions décidé de nous laisser aller au plus décalé (mais néanmoins délicieux) des pics nique de backpacker. C’est ainsi que, installés le bord de la rivière, nous nous délections de tranches de pain briochés sur lesquelles nous avions vulgairement étalé l’intégralité d’un bloc de foie gras du Sud Ouest. Qui dit foie gras dit ... champagne ! Deux gobelets en plastique remplis du délicieux breuvage aux fines bulles vinrent compléter le tout. Un air de fête à la française en pleine Patagonie !

J’en profitai au passage pour remplir notre gourde directement à la source, l’un des avantages de ce genre de trek. Comme disent les chiliens, il s’agit de « la mejor agua del mundo ».


Rebelote le dernier jour, réveil tôt afin de ne pas rater le bateau de 11h30 dont l’embarcadère était situé à 2 heures et demi de marche de notre campement. Avec des sacs, il fallait compter trois heures. Nous avons finalement tellement carburé que nous le faisions en 1 heure et 30 minutes !








Mention spéciale à Mayou qui, souhaitant compléter au maximum le trek W car ayant déjà raté une étape pour m’avoir attendu, à décidé de courir 12 kilomètres en moins de 2 heures vers le point de vue du glacier Grey !


La randonnée terminée, nous pouvions rentrer à notre hôtel et profiter d’un repos bien mérité de plusieurs jours.
Et puis comme toute bonne chose à une fin, Mayou se dirige désormais vers la Bolivie et le Pérou quand je privilégie le fleuve amazone et la Colombie, où nous aurons peut être l’occasion de se recroiser. Reprendre le voyage solo me fera le plus grand bien.
Il est en effet très différent de voyager à deux et être collés 24h/24 peut donner lieu, de manière normale et anecdotique, à quelques tensions. Nous aurons donc passé plus de deux mois à voyager à travers l’Argentine et la Patagonie chilienne, quelques semaines après s’être connus quelques jours en Indonésie.
Enfin bon. Je dis ça mais nous arrivons à Santiago où un gigantesque bordel règne, au bord de l’éclatement d’une guerre civile, où les chars font leur apparition dans les rues de la capitale (inédit depuis 1990) et où un couvre feu a été établi. Nous ne parviendrons donc peut être pas à repartir du tout ahah ! Nous savons néanmoins qu’en respectant le couvre feu et en s’éloignant des rassemblements publics, nous avons peu de chance de finir comme les onze morts actuels de cette révolte historique.
Passé cette annonce alarmiste, la situation sur place n'a absolument rien à voir avec ce que les médias veulent bien montrer. Donc pas de panique !

