Indonésie

Bali

3 juillet 2019

Je commence à avoir une bonne intimité avec les aéroports (presque autant qu'avec les hôpitaux pour en avoir visité un par pays en bon hypocondriaque que je suis), que ce soient les internationaux de Bangkok, Sydney, Bali ou les domestiques à l'intérieur de chaque pays.

Néanmoins, celui qui m'aura le plus marqué aura été celui de Manille. C'est dans ce lieu à la fréquentation élevée que j'ai compris l'ampleur de la ferveur religieuse des philippins et plus généralement la place de la religion catholique au sein du pays.

En effet, le seul lieu de culte existant est une chapelle. Petite certes, et relativement moche, mais elle a le mérite d'exister. J'avais 6 heures à tuer, j'en ai donc profité pour y passer un peu de temps. Lors de cet interlude d'une trentaine de minutes, j'ai dû voir passer plus d'une cinquantaine de personnes, du bagagiste pressé venu y faire un simple signe de croix, aux hôtesses, pilotes, personnel aéroportuaire et quelques rares voyageurs comme moi venus se recueillir entre deux vols. Chose impensable dans notre pays et qui rappelle douloureusement à l'amoureux de la France que je suis que nous n'avons pas su pérenniser l'amour pour notre héritage.

Du pays le plus développé au plus pauvre, il s'avère que tout le monde possède aujourd'hui un smartphone (du moins pour l'Asie du Sud Est). C'est lorsque, séparé de cet outil commun reliant les êtres humains les uns aux autres, que l'on réalise aisément son addiction -ainsi que celle des autres au passage- et sa dépendance à l'égard de la technologie.

Par conséquent, tout devient complexe : rechercher une association, rester en contact avec des voyageurs rencontrés en chemin, réserver un hôtel... mais on finit par s'y faire ! Le téléphone d'un autre, une recommandation de lieu, l'aide d'un local pour trouver son chemin devenu un calvaire en l'absence de GPS et bien entendu, à l'ancienne, les cafés-internet. (C'est dans ce genre d'endroit que j'ai compris pourquoi, quand j'avais 16 ou 17 ans, je me faisais battre aux jeux en ligne : dès 5-7 ans, ces jeunes désœuvrés s'adonnent avec une certaine addiction aux jeux en réseau...)

Enfin, l'autre redécouverte dans mon malheur technologique fut l'écriture. La vraie, celle avec un stylo et un carnet, et ce ne fut pas pour me déplaire, revenant ainsi à mes premiers amours !

L'arrivée à Bali fut sans encombres. Premier choc, les prix du milieu hôtelier : absolument dérisoires, même comparés au Vietnam ou aux Philippines. Voici le genre d'endroits dans lesquels j'ai passé la majorité de mon temps pour un budget ne dépassant pas les 5€ / nuit.

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Moi qui pensais que la chambre louée pour une dizaine d'euros aux Philippines était donnée...! Alors oui, je suis dans des dortoirs mixtes, mais cela représente un avantage intéressant : la rencontre avec d'autres voyageurs, favorisant ainsi largement la dimension sociale du voyage.

Pour quelques euros de plus, on obtient néanmoins une chambre privée. Malheureusement, une surprise de taille me fit changer mes habitudes de voyage : je dois désormais chercher "au moins cher". Car entre l'URSSAF, la CIPAV et les déconvenues administratives en tout genre, la fonte de mon compte bancaire est plus impressionnante que celle des glaces. (Et je sais pertinemment que cette nouvelle ne provoquera pas l'étonnement de mes proches !)

Denpasar, capitale de l'île de Bali, ne fut qu'un lieu de transit où je passa deux jours. N'ayant que deux semaines pour visiter, j'ai du faire une croix sur les îles environnantes (Noosa, Gilli, Lombock...) pour me concentrer sur 3 villes : Ubud, Uluwatu et Canggu.

Encore une fois, sans téléphone, un trajet censé durer une petite heure prend des allures de Pékin Express et le temps alloué à cette escapade est presque triplé en raison des multiples demandes de renseignement auprès de locaux.

J'ai d'ailleurs eu la (mal)chance d'expérimenter la corruption policière. Mes premiers 100 mètres effectués, le regard concentré sur la route au guidon de mon bolide, un vario 110cc, mon imagination débordante quant aux aventures vécues et celles à venir, il ne manquait plus que la douce musique d'Iggy Pop "Passenger", hymne propice aux road trips, pour atteindre une presque perfection.

Jusqu'à ce qu'une bande de gais lurons (à qui je n'octroierai pas par écrit le titre de force de l'ordre), en travers de la route en mode Kids United, n'arrête tous les deux roues. Enfin par "tous", j'entends ceux conduits par des touristes blancs, synonymes vivants de fric. Incapable de présenter mon permis international, ce corrompu me réclamait un million de roupies (vous savez ce que c'est un million Larmina ??!) soit approximativement 70€. N'ayant que 10x moins sur moi, c'est avec une certaine déception mais tout en gardant mes 100.000 roupies qu'il me laissa repartir vers mes horizons balnéaires.

De la France Gilets Jaunes aux policiers corrompus d'Indonésie, devrais je m'oser à l'acronyme ACAB ?

Bien que situé en plein dans les terres, Ubud est une petite ville charmante aux allures de bord de mer. Il règne ici une atmosphère très apaisante, entre l'odeur d'encens omniprésente en raison des multiples offrandes hindouistes réparties un peu partout, les galeries d'art et autres échoppes dont l'artisanat local est la première ressource, les femmes en tenues traditionnelles se rendant aux nombreuses cérémonies, le tout dans un décor naturel verdoyant ressemblant à s'y méprendre à une jungle.

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La présence des touristes y est cependant importante, rendant l'expérience balinaise légèrement moins immersive et authentique.

A 50 mètres de mon auberge se trouve l'une des deux attractions majeures de la ville, la Monkey Forest. Une sorte de forêt tropicale peuplée de petits singes habitués à la présence humaine (ainsi que d'étranges statues...)

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Je l'ai visité en compagnie de Josh, boxeur professionnel gallois et Yuri, cet italien taré dont le penchant pour les femmes est un cran au dessus de celui pour le football.

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Petit aparté bouffe : En gastronome et bon vivant que je suis, les produits du terroir français commencent à sérieusement me manquer (à tel point que, dans un moment d'égarement, je me suis mis à lister les produits sur une feuille : foie gras, magret de canard, frittons de porc, blanquette de veau, rillettes d'oie, vin rouge....). Et bien ma chère et tendre mère à donc décidé de me faire parvenir 5 kg de bouffe et 3 bouteilles de pif dont je me délecterai avec une incommensurable joie, mon ventre ne criant pas famine mais réclamant de la qualité ! Bref, "Merci Maman" pour cette parenthèse culinaire française !

À Ubud, le jour est une chose mais la nuit en est une autre. La chaleur étouffante s'estompe peu à peu passé 18 heures et les galeries d'art laissent leur place aux innombrables concerts live que l'on trouve tous les vingt mètres jusqu'à minuit. Il est d'ailleurs bien dommage que nous n'ayons pas ça à Paris, cela créer une bonne ambiance, une atmosphère chaleureuse et offre un certain dynamisme.

Le seul point négatif de la ville (hormis mes réactions allergiques aux moustiques qui me donnent des piqûres de frelon...) réside dans un petit harcèlement de rue. Les "Hachich ?", "Marijuana ?" des rues de Katmandu ont laissé leur place au plus sain mais néanmoins irritant "Taxi ? Taxi ?"

La seconde attraction visitée, toujours en compagnie de mes acolytes italien et anglais, furent les rizières de Tegalalang, situées à une trentaine de minutes en scooter.

Entre les kilos musclés du boxeur derrière moi et la conduite du rival se prenant pour Valentino Rossi au péril de sa vie, cette demi heure ne fut pas la plus reposante.

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Nous fument tout de même récompensées à notre arrivée par une dégustation de cafés locaux à l'origine pour la moins étonnante : à partir des selles d'un animal appelé Luwak, une civette asiatique aux airs de lémurien.

"Le meilleur café du monde" selon les Balinais. Bien qu'étant plus habitué aux capsules Nespresso qu'au véritable grain colombien, je pense pouvoir affirmer sans difficultés que c'est faux.

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C'en était tout d'Ubud et la ville de Canggu me faisait les yeux doux, d'autant plus que mes amis américains Brett & Heid, rencontrés en Birmanie et recroisés aux Philippines, m'y retrouveraient !

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Je n'ai malheureusement pas grand chose d'intéressant à raconter sur cette ville si ce n'est que la superficialité et les restaus vegan/organiques vont de pair avec les instragrammeurs. Ces dix jours furent ponctués de plages, de soirées et de rencontres, notamment avec une bande de "travel mate" bien marrants : les français Theo et Mayou, le belge Isaac, les portugais Bruno et Joâo ainsi que l'allemande Fiona.

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Sans oublier mon ami préféré : Yumi, ce berger allemand -mon chien préféré- appartenant à l'italien Giovanni, gérant du Balicabana Bungalow Hostel, auberge dans laquelle j'aurai passé la majorité de mon temps.

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Ces deux semaines ne furent donc pas pleine de découvertes de lieux, de culture locale, de monuments historiques mais principalement une expérience humaine ponctuée de bien des rencontres. Pouvant accorder à ces dernières un certain temps m'aura permis de me lier d'affection particulièrement avec Mayou, Théo et Isaac dont la gentillesse et la personnalité, mais surtout les nombreuses discussions profondes, m'auront marqué.

C'est donc le cœur en peine que je saluais le lendemain Mayou dont le chemin ne coïncidait plus avec le mien. Ce sera, je l'espère, pour la retrouver en Amérique du Sud quelques mois plus tard.

Pour finir avec Bali, nous sommes partis en groupe (amputé mais groupe toujours) pour Uluwatu le temps d'une journée.

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Voilà, je quitte désormais l'Indonésie que je résumerai en une phrase : une vie facile mais peu intéressante. (Je n'aurai cependant visité que l'île principale et mon jugement s'en retrouve alors légèrement biaisé).

Laissez moi additionner à cet article déjà long un tout petit paragraphe routard.

A l'inverse du Vietnam dont les routes sont inexistantes et où chacun joui de ses propres règles dans une sorte de bordel organisé, Bali dispose d'une infrastructure moderne, de véhicules en bon état et de feux de signalisation. MAIS (parce qu'il y en a un gros), ce sont des abrutis, des imbéciles, des demeures, des fous furieux du volant ! La règle qui prime sera celle que se sera choisie le conducteur devant vous. Il en devient donc dangereux de doubler, l'issue étant imprévisible. Pour résumer avec une célèbre phrase réservée aux cinéphiles : "c'est des cingles !" (Celle-là elle est pour toi Marc !)

C'est avec une certaine impatience que je prends mon vol en direction de Sydney afin d'y retrouver Christophe et Barbara. C'est la 4e fois en 6 ans que je me rends sur le territoire des Kangourous et je dois admettre que je m'y sens un peu chez moi !

Le fait d'avoir des repères, de connaître les rues, de n'avoir besoin d'aucune aide pour effectuer l'heure de trajet entre l'aéroport et cet appartement de Fairlight dans la banlieue de Manly, me donne cette heureuse sensation d'être "de retour".

Indonésie · 3 juillet 2019